Personne n'en espérait autant. La table ronde finale du Grenelle de l'environnement s'est achevé sur le discours de Nicolas Sarkozy. Un discours de clôture qui est allé au delà des attentes des participants.
La journée avait bien démarré: diminution de 50 % des pesticides d'ici dix ans, 20% d’agriculture biologique en 2020, gel des OGM dans l'attente d'une loi, avant l'été, et surtout, dans le domaine de la gouvernance, la réforme du Conseil économique et social. Une grande victoire pour les associations environnementales puisque désormais, elle sont considérées comme de réels partenaires environnementaux, entrant dans le composition de ce futur CES. Selon le porte-parole de France Nature Environnement, Arnaud Gossement, cette décision n'est pas sans rappeler celle des syndicats lors du Grenelle de 1968.
La matinée s'est achevée sur le grave problème de pollution des mines d'or en Guyane, sujet pour lequel Christian Estrosi, ministre de l'Outre-Mer était présent et s'est exprimé à la presse. La réunion a dégagé un accord sur un programme de recherche et d’expertise.
C'est au tour de Jean-Louis Borloo de sortir. Le ministre de l'Ecologie, du développement et de l'aménagement durables a résumé les points de la matinée, avant de conclure sur le gel des OGM. Le discours est légèrement différent de celui tenu en réunion, ce qui inquiète rapidement certains. Confédération paysanne dénonce par communiqués de presse un discours à deux vitesse. Arnaud Apoteker, de Greenpeace, préfère rester patient: «Attendons le discours de Nicolas Sarkozy. »
C'est désormais à l'Elysée que tout va se jouer. A ces petites incertitudes s'ajoute le problème de la taxe carbone. La veille, faute d'accord, l'instauration d'une « contribution climat-énergie » a été remise à la décision du président de la République.
José Manuel Barroso est là. Et la présence du président de la Commission européenne revêt une importance toute particulière: devant lui, les engagements que va prendre Nicolas Sarkozy vont être évalués dans une perspective européenne. Dans un rapide discours, le représentant européen va exprimer son désir de voir la France comme modèle à suivre. Al Gore est présent également. Il s'exprime plus longuement, pour « féliciter la France et féliciter le peuple français ». « We need a Grenelle mondial» ajoute-t-il.
C'est au tour de Nicolas Sarkozy de prendre la parole. Et son discours va en surprendre plus d'un. Le gel sur les OGM, il l'entérine. Il va ainsi à l'encontre de la politique communautaire.
La taxe « climat-énergie », il conclue sur la nécessité d'en étudier sa création. Il demande même une TVA à taux réduit sur les produits écologiques. Il précise toutefois, en guise de modération, être opposé à «toute fiscalité supplémentaire qui pèserait sur les ménages et les entreprises ».
Mais il va aussi là où peu l'attendaient, comme par exemple, le principe de précaution, remis en cause par la commission Attali sur la libération de la croissance:
« Je voudrais revenir sur la question du principe de précaution. Proposer sa suppression au motif qu'il bride l'action repose sur une profonde incompréhension. Le principe de précaution n'est pas un principe d'inaction. Au contraire, c'est un principe d'action et d'expertise pour réduire l'incertitude. »
André Cicollela, chercheur en santé environnementale, et fervent défenseur du principe de précaution durant les groupes de travail, en est abasourdi.
Du côté des principales ONG, le constat est le même: « on ne va pas bouder notre plaisir » a expliqué Arnaud Gossement, de FNE. « C'est un changement de cap clair. Ce n'est qu'un discours, mais notre rôle maintenant n'est pas de critiquer la mise en oeuvre. Il est de pousser derrière pour continuer dans ce sens ». Même son de cloche chez l'Alliance pour la planète. Tous se disent séduits par les ambitions affichées. Il faudra ensuite parler de la mise en oeuvre. Les groupes ont jusqu’au 15 décembre pour dégager des objectifs chiffrés.